La médecine traditionnelle coréenne

PETIT HISTORIQUE

La Corée possède une très longue tradition d’œuvres écrites issues pour beaucoup d’influences et d’échanges extérieurs. Les sources sont très nombreuses et proviennent de différents courants.
Tout d’abord, les titres de nombreuses œuvres se réfèrent à une médecine appelée hyang-yak 향약 (ou encore dongui 동의). Il s’agit de la médecine dite « locale » coréenne, par opposition à la médecine extérieure, notamment han-yak 한약 ou hanui (médecine des Han), ou dang-yak 당약 (médecine des Tang), venue de pays comme la Chine ou l’Inde.  Elle était déjà pratiquée durant la dynastie Goryeo (고려). Elle est appelée locale, puisqu’elle utilise des produits dits indigènes et non pas obtenus par échanges commerciaux extérieurs.   

En médecine locale, on pourra citer le Hyangyak gugeup bang 향약구급방 – 鄕藥救急方(Prescriptions d’Urgence en Médecine Locale), qui est un des plus anciens traités existant, publié en 1236, après la reddition faite aux Mongols en 1232. Ce type de recueil venait d’un besoin urgent de se procurer des méthodes de soins rapides, puisque les nombreuses incursions mongoles par le nord provoquaient une crise militaire ; l’impact sera la réduction de l’obtention de produits médicinaux en provenance de Chine, pendant la domination mongole des Yuan. Il faut donc à cette époque tenter d’établir un système indépendant à la médecine chinoise. De plus, cette dernière se basant sur des conditions géologiques, climatiques et de vie du peuple chinois, elle était inappropriée aux Coréens.

Cependant il est évident que les pharmacopée et médecine coréennes furent fortement influencées par les courants chinois, indiens (connaissances ayurvédiques) et tibétains, depuis la période des Trois Royaumes (57 av. JC – 668 ap. JC). Entre 25 ap. JC (sous la dynastie Han) et 280 (dynastie Jin), 365 produits auraient déjà été introduits dans les territoires de la péninsule coréenne.  

Des avant-postes Han, tels que celui de Lo-lang situé près de l’actuelle Pyongyang (평양) et maintenu pendant près de quatre siècles jusqu’en 313, ont très certainement influencé la population locale par de nombreux échanges, que ce soit de produits ou de pratiques médicales.   

Par la suite, la dynastie Song et les échanges commerciaux effectués avec le Moyen-Orient ont également introduit une très grande variété de produits et connaissances dans le royaume de Silla par la Route de la Soie (on citera les connaissances greco-islamiques dites unani).

De très nombreux recueils émergent ensuite sous l’influence du roi Taejo (태조), premier roi de la dynastie Joseon (조선 시대). On sait qu’en 1393, le roi mande dans les huit provinces du royaume de nombreux instructeurs pour former des spécialistes en médecine. En 1397, le Hyangyak chipseong bang 향약집성방 鄕藥輯成方 est publié, recueil de prescriptions médicales de l’époque. Il compare notamment l’efficacité des produits locaux par rapport aux produits de la médecine chinoise.

A la suite du roi Taejo, le roi Sejong (세종대왕) aurait continué à promouvoir la compilation de données ; des recherches sont menées et en 1433, après deux ans de travail, un nouveau guide est capable de lister près de 959 diagnostics différents. Son contenu va de la médecine externe à l’ophtalmologie, intégrant en parallèle 1476 techniques d’acupuncture.   

         

Dongui bogam, 동의보감 -東醫寶鑑, écrit par le médecin royal Heo Jun suite à la demande du roi Seonjo (선조) et publié en 1613. C’est un des classiques de la médecine orientale, classé au programme « Mémoire du Monde » de l’UNESCO en 2009.

Il consiste en 25 volumes : 4 volumes sur la médecine interne ; 4 volumes sur la chirurgie ; 11 volumes traitant de la pédiatrie, gynécologie, affections aiguës, et épidémies ; 3 volumes traitant de la pharmacologie ; 1 volume traitant de l’acupuncture et moxa et pour finir 2 volumes d’indexation.

 

LES TRAITEMENTS TRADITIONNELS

Tous ces recueils apportent de nombreuses données sur les traitements traditionnels et connaissances de l’époque Joseon.

A cette période, la médecine commence à s’adapter à chaque individu : elle s’émancipe des traitements chinois, prenant en compte le mode de vie et l’environnement du peuple coréen (certaines herbes chinoises ne pouvant se développer dans le climat coréen). Cette nouvelle forme de médecine est ce qu’on appelle la médecine constitutionnelle, ou sasang, 사상, signifiant Quatre Symboles. Elle se base sur la constitution de chaque patient. Elle a été formalisée en 1894 par l’érudit Hi Jae-Ma (이재마), qui constata qu’atteints d’une même maladie, différents patients ne guérissaient pas à la même vitesse. Cette forme de médecine sépare les individus en quatre catégories selon leurs attraits physiologiques. En effet, la constitution d’un individu serait déterminée dès la naissance,  selon Hi Jae-Ma, en fonction de la taille des organes et de leurs forces et faiblesses. Chaque organe est associé à une émotion différente. Les tendances émotionnelles fortes sont liées à des organes forts ; les tendances émotionnelles faibles sont liées à des organes plus faibles. Cela détermine quelle partie du corps est physiquement plus forte, et comment elle réagit à une maladie.

 

Chacun doit donc choisir un espace de vie, un emploi et de la nourriture adaptés à sa constitution pour se maintenir en bonne santé. L’hygiène est également très importante.            

Selon les principes du sasang, les quatre catégories/symboles de constitutions physiologiques sont les suivants, associés aux quatre grands organes du corps humain :

  • Tae yang, 태양 – grand yang (yang dans le yang).
    • Poumons forts, foie faible.
    • Les poumons contrôlent le chagrin.
  • Tae eum, 태음 – grand yin (yin dans le yin).
    • Foie fort, poumons faibles.
    • Le foie contrôle la joie.
  • So eum, 소음 – petit yin (yang dans le yin).
    • Reins forts, rate faible.
    • Les reins contrôlent la quiétude.
  • So yang, 소양– petit yang (yin dans le yang).
    • Rate forte, reins faibles.
    • La rate contrôle la colère.

Ce principe est largement influencé par le texte chinois I Ching et les Sept Désordres Emotionnels chinois (joie, colère, inquiétude, réflexion, chagrin, peur, choc). Hi Jae-Ma pensait que quelle qu’était la force pathogène, un cœur et un esprit équilibrés pouvaient fortement contrebalancer la maladie. Selon lui, il fallait donc s’efforcer de rééquilibrer les tempéraments avant de prescrire un traitement basé uniquement sur les symptômes.             

Par ailleurs, il avait la conviction que chaque constitution pouvait être soignée avec un groupe d’herbes qui lui était propre et permettant d’équilibrer le flux de Yin et de Yang entre les organes forts et faibles.       

Voici quelques exemples de plantes qui pouvaient être préconisées, avec leurs propriétés :

  • Ail, ma neul, 마늘 : son utilisation est connue depuis au moins 2333 av. JC, date de la fondation du royaume de Gojoseon (고조선) par Dangun (단군) petit-fils de Hwanin (환인) l’empereur du ciel. Il est préconisé contre beaucoup d’affections, du typhus à la dysenterie, surtout aux individus de type so eum.
  • Armoise, ssuk, 쑥 : utilisée entre autres pour la moxibustion (technique consistant à réchauffer un point d’acupuncture et à faire pénétrer la chaleur à travers la peau). ). Elle est séchée pendant au moins trois ans et subit un traitement spécial qui en extrait les substances toxiques. Elle sert également sous forme de décoction, pour traiter contre les diarrhées, les inflammations et les affections du foie. Bénéfique aux individus de type tae yang. Elle peut aussi être servie en soupe (ssukguk, 쑥국)
  • Rhubarbe, tae hwang, 대왕 : soutiendrait l’énergie des poumons, régulerait le travail des intestins, soulagerait les douleurs oculaires, saignements du nez, œdèmes, jaunisse, dysenterie…. Agit par le méridien du cœur, gros intestin, foie et estomac. Préconisée pour les individus de type tae eum.
  • Livèche de Szechuan, chuanxiong, 천궁 : serait bénéfique à la rate, préconisée pour les individus de type so yang.
  • Cuscute, sae sam, 새삼 : il existe une grande variété de cuscutes. Le type hygrophila  agit sur les inflammations. Elle a été exportée en Chine, prouvant ainsi l’efficacité des herbes locales.
  • Champignons : les thés de champignons comestibles sont répandus en Corée et sont appelés beoseot cha, 버섯차 :
    • Neungi cha, 능이차, thé de hydne imbriqué, anti-fatigue.
    • Neutari cha, 느타리차, thé de pleurote en forme d’huître, anti-oxydant.
    • Pyogo cha, 표고차, thé de shiitake, stimule le système immunitaire, combat le cancer.
    • Sanghwang cha, 상황차, thé de mesima du sabot, aux propriétés anti-cancérigènes, diarrhéiques, hémorragiques…
    • Yeongji cha, 영지차, thé de lingzi, stabilise le taux de glucose, hépato protecteur.

Les herbes, quant à elles, pouvaient être préparées en baume, huiles, eaux distillées, inhalées en vapeur etc.

Pots à décoction

Un autre traitement traditionnel, existant encore à notre époque est le han jeung, 한증.   

Il s’agit du bain de vapeur, procédé connu depuis la dynastie Tang et apparaissant dans le texte chinois Qianjin fang 千金方. Ce traitement a été développé par le roi Sejong qui a mis en place des lieux dédiés, ou han jeung so, 한증소, pour notamment traiter les maladies infectieuses.

Enfin, on citera l’acupuncture :

  • saam, 사암, Quatre Aiguilles, car elle n’utilise que quatre aiguilles, deux par deux. Le premier lot d’aiguilles réduit l’excès de qi (souffle ou énergie composant l’ensemble des êtres dans la philosophie chinoise) tandis que le second lot tonifie ou augmente le Qi dans les organes. Les aiguilles agissent dans ce cas sur 12 énergies contrôlées par 12 méridiens. Elle a été formulée vers 1600 par un moine bouddhiste.
  • taegyeok, 대격, ou constitutionnelle, utilisée en médecine sasang.

Des  méthodes plus récentes ont été développées comme le yakchim, 약침, combinant la stimulation de points et un dosage d’herbes médicinales en 1956 ou encore le sujichim, 수지침, acupuncture de la main, en 1970.

 

Marché d’herbes médicinales de Seoul

서울 약령시장

Marché de Gyeongdong

서울 경동시장

Marché des herbes médicinales de Daegu

대구 약령시장

Si vous vous intéressez à la pharmacopée et à la médecine traditionnelle coréenne, vous pouvez également visiter les musées suivants.

Musée de Médecine et Pharmacopée de Handok

한독 의약박물관


Musée de Sancheong des Herbes Traditionnelles

한의학박물관

(où l’on peut trouver le Dongui bogam)

Un aperçu de la collection du musée

 

 

*pharmacopée: 1. recueil officiel national des médicaments; 2. ensemble ou liste de médicaments.

Sources
Korean Medicine: A Holistic Way to Health and Healing – Hur Inn-Hee, Seoul Collection
Science and Technology in Korean History: Excursions, Innovations, and Issues – Park Seong-Rae, Jain Pub Co.
Medicine Across Cultures – Helaine Selin, Springer-Verlag New York Inc.
The Essential Teachings of Sasang Medicine: An Annotated Translation of Hi Jae-Ma – Gary Wagman
http://www.khss.or.kr
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