La mort que l’on se donne, fléau de la Corée du Sud

Le 21 novembre sort dans les salles un film à la thématique pesante, celle du suicide des jeunes en Corée du Sud. Récompensé du prix du meilleur film au festival de Busan de 2017, son actrice principale Jeon Yeo-bin a également remporté le prix de l’interprétation dans ce même festival.

 
Titre : After My Death / 죄 많은 소녀

Réalisateur : Kim Ui-seok (김의석)
Sortie : 21 novembre 2018

Casting principal :
 – Jeon Yeo-bin (전여빈) : Young-hee
– Seo Young-hwa (서영화) : La mère
– Jeon So-nee (전소니) : Kyung-min
– Go Won-hee (고원희) : Han-sol
– Yoo Jae-myung (유재명) : L’enquêteur

Dans un lycée pour filles, une des élèves (Jeon So-nee) disparaît brusquement. Alors que la police privilégie la thèse du suicide, le besoin pour la communauté de trouver un coupable se fait de plus en plus pressant. C’est Young-hee (Jeon Yeo-bin), la dernière personne à avoir vu la disparue, qui sera suspectée par ses camarades de classe mais aussi par la mère de la victime (Seo Young-hwa). Pointée du doigt par tous, Young-hee doit alors se débattre pour essayer d’échapper à l’énorme responsabilité qui lui incombe, celle de la mort de Kyung-min. Mais il est difficile d’y parvenir alors que tous voudraient la voir l’endosser afin de soulager la culpabilité collective. Dans son titre original (죄 많은 소녀, choe manheun sonyeo) traduisible par « la fille qui porte de nombreux pêchés », l’intention du réalisateur se fait plus claire encore : Young-hee devient le bouc-émissaire parfait, l’exutoire de toute cette culpabilité que l’on souhaite expier en punissant un coupable, et peu importe sur qui le sort tombera.

Le film, tourné à la façon d’un polar, explore tour à tour les pressions scolaires, familiales et sociétales auxquelles les jeunes Coréens sont soumis. Le réalisateur Kim Ui-seok signe ici un premier long métrage lourd dans sa thématique mais également dans son engagement, mettant des mots et surtout des images sur un problème devenu si récurrent qu’il en est devenu effroyablement banal. Écrasée par un taux de suicide parmi les plus hauts du monde, la Corée du Sud perd 36 de ses citoyens chaque jour de cette façon, principalement parmi les personnes âgées et les adolescents.

La mise en scène, qui se fait tantôt intimiste en filmant au plus près les personnages et tantôt distante et froide, montre cette ambivalence dans le traitement des suicides en Corée.
Entre le chaos dans lequel une communauté peut basculer lors d’un suicide et la volonté collective de l’effacer, les individus semblent se perdre. Au delà des causes mêmes d’un suicide, le seul choix qui s’offre aux survivants est le suivant : la punition ou l’oubli. La musique, oppressante ou absente, accompagne parfaitement cette ambiance qui nous fait soudain subir à nous aussi tout le poids qui pèse sur les personnages. Parfois, la violence des événements semble percer l’écran ; le film s’adresse alors brutalement à nous, paraissant nous demander : « Et vous, qu’auriez-vous fait ? »