L’histoire du hangeul (한글), alphabet coréen

Si vous êtes des apprenants ou futurs apprenants du coréen, on vous a certainement dit que le coréen ne s’apprend que si l’on maîtrise son système d’écriture. Mais il faut savoir que le coréen est à l’origine une langue parlée. En effet, les Coréens utilisaient autrefois les caractères chinois pour s’exprimer à l’écrit, mais ceux-ci étaient principalement connus par la noblesse. Cet usage engendrait néanmoins quelques problèmes, notamment lorsque l’on voulait prononcer un texte à l’oral : les sinogrammes ne respectaient pas suffisamment la langue coréenne pour être lus de manière aisée. C’est donc en 1443, durant la dynastie Joseon (조선), que le roi Sejong (세종) décide de créer un nouvel alphabet afin d’instaurer une écriture universelle pour son peuple. Il le nomma d’abord « hunminjeongeum » (훈민정음) (« sons corrects pour l’instruction du peuple »). Il fut promulgué en 1446.

Sejong a créé en tout 28 lettres. Il s’est inspiré d’éléments naturels tels que le soleil, la terre ou encore l’Homme pour modeler ses voyelles (cf. photo de droite). Quant aux consonnes, il a essayé de reproduire à l’écrit les mouvements buccaux de chaque prononciation (cf. photo de gauche). L’alphabet actuel ne compte que 24 lettres car quatre ont fini par disparaître au fil des siècles :, , et .

Malgré l’utilité que pouvait apporter cette nouvelle écriture, elle a été accueillie par de virulentes critiques, reprochant au roi qu’on n’y retrouvait aucune philosophie contrairement aux caractères chinois. De plus, le roi Sejong a été accusé de vouloir remplacer ces caractères, notamment par son collaborateur CHOI Man-ri (최만리) qui lui a adressé une lettre pour montrer son opposition, en ajoutant que « seuls les barbares possèdent leur propre écriture ». Le roi répondit à ces accusations en certifiant que cet alphabet ne remplacerait en aucun cas les sinogrammes et qu’il serait utilisé en tant que simple outil.

Au fil du temps, le hangeul connaît une lente propagation. Au 16-17ème siècle, il n’est plus seulement utilisé pour apprendre à lire les caractères chinois mais également pour écrire des lettres, puis des romans, jusqu’à le retrouver dans les journaux dès le 19ème siècle. Et finalement, c’est lors d’importantes réformes en 1894 que cet alphabet devient l’écriture officielle du pays. En 1910, il prend le nom de « hangeul », le linguiste JU Sigyeong (주시경) est à l’origine de cette nouvelle dénomination, qui signifie « grande écriture » (« han » = grand, « geul » = écriture). Le terme « han » désignant également le peuple coréen, on a trouvé le double sens intéressant et décidé d’adopter officiellement ce nom.

L’alphabet coréen a cependant été menacé plusieurs fois au cours de l’Histoire. En 1504, le roi Yeonsan (연산) fait interdire le hangeul car des textes dégradants à son propos  sur lui étaient diffusés. Son but n’était pas de bannir l’écriture coréenne mais d’empêcher le peuple de profiter de cet alphabet pour s’exprimer contre lui. Autre exemple : lors de la période coloniale, les Japonais ont interdit toute pratique de la langue coréenne, et seul le japonais était autorisé.

Tout compte fait, le travail du roi Sejong lui vaut aujourd’hui une reconnaissance nationale, d’ailleurs vous pouvez le retrouver sur les billets de 10 000 wons, ou encore sur la place Gwanghwamun (광화문) près du palais de Gyeongbok (경복) où est érigée une statue à son effigie. La date d’anniversaire du hangeul est aussi devenue une fête nationale en Corée du Sud. À l’international, des spécialistes ont défini le hangeul comme étant le meilleur système d’écriture, entre autres grâce à sa capacité à retranscrire un nombre incommensurable de sons et à sa facilité de lecture. On a toutefois tenté d’en changer les règles pour l’ « occidentaliser », et certains linguistes du début du 20ème siècle, dont JU Sigyeong, ont eu l’idée de juxtaposer les lettres et non pas de les rassembler dans un carré, pensant ainsi faciliter sa lecture, son écriture, son orthographe et son expansion. Absurdité ou innovation ? À vous d’en juger.

 

Sources et crédits photos :  Insight Korea, mcst.go.kr