Il y a cent ans…la révolution de 1919

La colonisation japonaise de la péninsule coréenne, comme de nombreuses colonisations, ne s’est pas déroulée sans accroc avec la population locale. Nous fêtons cette année le centenaire de la naissance du mouvement d’indépendance, plus connu sous le nom de Mouvement du 1er Mars ou Samil Undong (3·1운동) en coréen. À cette occasion, le Centre Culturel Coréen a mis en place plusieurs événements comme l’exposition « Mémoire de 1919 : histoire de la résistance coréenne », ouverte du 24 juillet au 15 octobre et que vous pouvez dès à présent visiter gratuitement.

Mais reprenons dès le début. Qu’est-ce qu’au juste que le samil undong ? Quelles sont ses origines, que s’est-il passé et qu’est-ce qui en a découlé ?

Il faut d’abord se rappeler qu’à partir du traité d’annexion en 1910, la Corée toute entière est devenue partie intégrante de l’Empire japonais (ou Sphère de Coprospérité de la Grande Asie Orientale selon les termes nippons), après plusieurs années de domination implicite depuis la fin du XIXème siècle. Comme on peut s’y attendre, de nombreux Coréens s’opposent à cette situation et au fil des années, la colère gronde de plus en plus…

 

Depuis 1918, élites intellectuelles et religieuses (aussi bien bouddhistes que chrétiennes) préparent le mouvement d’indépendance. Ils sont inspirés, comme de nombreux pays colonisés, par les “14 points” du président Wilson (NDLR : président des Etats-Unis de 1913 à 1921) qui érigent le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Le 8 février 1919, une première flamme semble s’allumer avec une déclaration d’indépendance présentée par des étudiants coréens à Tokyo, ironiquement capitale de l’anti-colonialisme asiatique.

 

Toutefois, peu de temps auparavant, l’étincelle qui avait mis le feu au poudre, c’est la mort de l’ancien roi et empereur de Corée, Kojong (고종), le 21 janvier. Nombreux sont ceux qui soupçonnent le gouvernement japonais d’avoir empoisonné l’ancien dirigeant de la péninsule, ayant déjà assassiné auparavant son épouse, l’impératrice Myeongseong (명성 황후).

Par conséquent, la veille de ses funérailles, soit le 1er mars, des milliers de manifestants se réunissent dans le Parc de la Pagode (탑골 공원) à Séoul pour écouter la lecture du Manifeste d’Indépendance par un étudiant.

33 éminents activistes s’étaient réunis plus tôt dans la journée au sein du restaurant Taehwan-gwan pour signer cette déclaration d’indépendance, ou gimidognip seononseo (기미 독립 선언서), suite à sa rédaction par l’historien Choe Nam Seon (최남선).

 

Des milliers de participants se sont ensuite élancés dans les rues de la capitale avec pour hymne le célèbre cri de victoire coréen “Manse !” (만세). Cela peut se traduire par “longue vie à la Corée”, ce qui exclut implicitement la gouvernance japonaise et remet donc en question la colonisation.

Le Japon décide d’envoyer l’armée contre les perturbateurs mais le mouvement est loin de s’arrêter à Séoul. Très vite, on retrouve des manifestations semblables dans de multiples villes de Corée. On peut notamment souligner le soulèvement du marché de Aunae (아우내) qui a rallié les villes de Cheonan (천안시), Yeongi (연기군), Chungju (충주시) et Jincheon (진천군). Il est mené par Yu Gwan Sun (유관순), une jeune étudiante de 16 ans qui avait auparavant manifesté dans la capitale.

Parmi tous les opposants politiques torturés à la Prison de Seodaemun (서대문형무소), elle est devenue celle qui représente le plus symboliquement le mouvement. Cela est en partie dû à sa mort tragique qui en a fait une martyre.

Des massacres comme celui de Jeam-Ri (제암리), dans la province du Gyeonggi-do, restent aussi tristement dans les mémoires : des civils ont été enfermés et fusillés dans des églises qu’on a ensuite brûlées pour dissimuler les preuves.

 

De par cette réaction violente des Japonais, le bilan du 1er mars est en partie funeste. Selon Park Eun Sik (박은식), historien et acteur du mouvement, dans The Bloody History of the Korean Independence Movement (한국독립운동지혈사), il y aurait eu au total plus de 7 000 morts, 15 000 blessés et environ 46 000 arrestations.

Néanmoins, tout n’a pas été fait en vain. Le gouvernement provisoire de Corée naît en exil à Shanghai en avril 1919. On retrouve à sa tête de futures grandes figures de la politique sud-coréenne comme Syngman Rhee (이승만). Le comte Hasegawa Yoshimichi, gouverneur-général de Corée, est quant à lui remplacé par Saito Makoto qui mène une politique plus modérée et pacifique dans la péninsule.

Bref, la colonisation japonaise en Corée, tout comme la résistance coréenne, opère un véritable tournant après cette date.

 

Encore aujourd’hui, le 1er mars 1919 reste une date importante de l’histoire coréenne. C’est un jour férié nommé Samiljeol (삼일절) qu’on célèbre notamment en reproduisant les processions et en se rendant dans les lieux emblématiques des manifestations tels que le Parc de la Pagode. Pour les visiteurs curieux, il se trouve au 99, Jong-ro, Jongno-gu, Séoul et est aisément accessible par métro avec les lignes 1, 3 et 5.