La quarantaine en Corée, toute une histoire

Depuis le début de l’épidémie COVID-19, nombreux d’entre vous ne sont pas sans savoir que la Corée du Sud impose une quarantaine à tous les ressortissant étrangers entrant sur son territoire. Mais de quoi s’agit-il exactement ? Quelles en sont les contraintes et les indications ? Pour un semestre d’échange dans une université coréenne, je suis partie ce mois d’août dans la péninsule et je vous raconte ma quarantaine.

DISCLAIMER : Si cet article cherche à apporter des informations sur une expérience commune à la plupart des personnes rentrant à ce jour en Corée du Sud, il s’agit avant tout de mon histoire, celle d’une rédactrice de Bonjour Corée qui ne travaille pas à l’Ambassade. Par conséquent, certains éléments pourront diverger de ce qu’une autre personne a pu vous dire à ce sujet (notamment si ladite expérience se déroule d’ici quelques mois, la situation pouvant changer très rapidement).

La quarantaine se prépare avant même de partir.

Dès la demande de visa, il est nécessaire d’avoir un test négatif à la COVID, une décharge attestant que vous acceptez d’être placé en quarantaine, un questionnaire qui passe au crible les villes que vous avez visitées dans le dernier mois ainsi que vos potentiels symptômes. Ce précieux sésame est d’ailleurs indispensable au début de votre aventure, étant donné que la Corée du Sud n’accepte pas les ressortissants français sans.
Une fois l’attente de 15 jours ouvrés écoulée, vous pouvez retourner à l’Ambassade pour obtenir le visa, comme je l’ai fait, ou attendre son arrivée par la poste.

À présent, vous pouvez prendre votre billet d’avion. Ne faites pas l’erreur que j’ai faite, prenez le facilement modifiable et/ou remboursable. Le trafic aérien est instable et de nombreux vols sont régulièrement annulés ou voient leurs dates modifiées, comme mon premier vol l’a été.

Il faut aussi commencer à chercher des lieux où vous loger pendant 14 jours.

Parce que oui, cette quarantaine est en fait plutôt une quatorzaine. Pour prendre mon exemple, en arrivant le 15 août toute heure confondue, vous pourrez sortir le 29 à midi. Plusieurs choix s’offrent à vous pour ces quatorze jours “de rêve” : les hôtels du gouvernement, des appartements affiliés à des compagnies reconnus par l’état, proposant un service “quarantaine” (comme RoomKor ou StayforU) ou encore un Airbnb. Les deux premiers choix ont des prix assez prohibitifs, bien au-delà des 1000 euros. Mais ils offrent un plus grand confort avec la nourriture déjà fournie. Les hôtels du gouvernement sont également déconseillés aux personnes possédant un visa à long terme (ce qui est le cas la plupart du temps en France, les visa de tourisme étant suspendus) et vous avez la possibilité de vous voir refuser cette option à l’aéroport.

Suivant les conseils de l’Ambassade, je me suis plutôt tournée vers la dernière option à savoir le Airbnb. Les prix y sont beaucoup moins élevés, entre 400 et 800 euros, bien que cela tend à varier selon votre quartier. Il est toutefois impératif d’avoir obtenu l’accord du propriétaire du Airbnb et cela peut se révéler plus compliqué. On conseille également officieusement de choisir un Super hôte (NDLR : un hôte approuvé et reconnu par le site dont l’activité est vérifiée régulièrement).

Vous voilà partis pour le fameux “pays du matin calme” avec votre visa en poche et parfois un test COVID19 négatif de moins de 48 heures (la Corée du Sud ne l’exige pas mais certaines compagnies le demandent, à voir donc au cas par cas).

Si vous prenez un Airbnb comme moi, il est possible que votre valise ait une section nourriture sèche (pâtes, riz,…) pour vous permettre de vous sustenter momentanément.

Avec au moins 11 heures de vol – et relativement peu d’énergie – vous arrivez donc à l’aéroport d’Incheon. Vous tenez dans la main des fiches qu’on vous a fait remplir dans l’avion sur lesquelles se trouvent votre adresse en Corée (du moins celle de la quarantaine) et un numéro de téléphone (de préférence coréen). Avant qu’elles ne vous servent à quoi que ce soit, vous devrez cependant tenter de télécharger l’application Self-Quarantine. Cela se fait juste avant la douane à l’aide de QR codes.

Après une queue plus ou moins longue, vous arrivez à la première étape de la douane qui est…la prise de température.

Si vous avez plus de 37.5 °C, vous êtes considérés comme fiévreux et mis à part. Malheureusement, ce fut mon cas. Comme ma “fièvre” ne descendait pas, j’ai eu le droit à la panoplie de tests dès l’aéroport, pas mal d’attente entre deux / trois vérifications de la douane, puis à un aller direct avec mes valises pour un hôtel non loin de l’aéroport le temps que les résultats des tests sortent. Voyons le positif, cela avait au moins le mérite d’être un hôtel de luxe dont les chambres faisaient deux fois la taille de mon futur Airbnb. Le lendemain, après avoir bien confirmé que j’étais négative, retour à l’aéroport à l’aube avec une jolie gommette rouge sur le bras pour signifier ma non-dangerosité. Je peux enfin me rendre sur le lieu de ma quarantaine.

Ne vous inquiétez pas, si vous avez le bon métabolisme (que je n’ai pas), les choses seront beaucoup plus rapides. On vérifiera vos papiers ainsi que le fait que vous ayez un contact coréen (très conseillé, sinon vous devrez le plus souvent acheter une carte sim sur place et souvent onéreuse). Puis des agents de l’aéroport vous aideront à finir d’installer l’application, et enfin vous pourrez aller chercher vos valises.

Si vous voulez échanger votre argent ou récupérer une carte sim que vous aurez commandée à l’avance, c’est le moment. Pour vous rendre à votre lieu de quarantaine, toutefois, pas de transports en commun lambdas mais des bus et taxis « spécial coronavirus ». Les taxis sont assez onéreux (au-delà de 70 000 wons, quand les bus coûtent 16 000 wons) mais plus pratiques lorsque vous avez beaucoup de valises. Ils seront chargés de vous déposer au health center (NDLR : hôpital ou centre médical effectuant des tests) le plus proche afin d’effectuer un test (si vous n’avez pas eu la malchance de l’avoir déjà fait comme moi).
Si vous arrivez en fin d’après-midi ou en soirée, d’autant plus le week-end, il faudra sans doute y aller le lendemain car ils ferment généralement vers 18 heures. Bien entendu, il vous faudra prévenir votre
health center lorsque vous quittez le lieu de votre quarantaine. Mais ce test, s’il a lieu, sera un peu votre dernière occasion de respirer l’air “pur” de Séoul et de sentir le soleil sur votre peau, alors essayez d’en profiter malgré le coton-tige au fond des narines.
Vous recevez également à cette occasion un paquet du health center avec des sacs poubelle « spécial contaminé », du désinfectant, des masques ou encore un thermomètre (afin d’être sûr que vous puissiez prendre votre température).

Commence alors 14 jours plus ou moins ennuyants durant lesquels vous devrez consigner deux fois par jour vos symptômes, et notamment votre température, sur l’application.

Cette dernière est d’ailleurs sujette à quelques petits couacs et on vous dira parfois que vous n’avez pas bougé depuis trop longtemps – ce qui est un peu compliqué dans un 16 m² – ou alors que vous êtes sortie de votre lieu de quarantaine alors que vous finissez tout juste votre marathon de séries Netflix. Mais ne vous inquiétez pas, ils ont l’habitude : ils sont débordés et ils savent autant que vous que vous n’avez rien fait. Il y a assez de CCTV dans les rues pour vous retrouver si vous avez essayé de vous enfuir de toute façon.

Il se peut même que votre appli ne marche pas, ce qui fut le cas pour moi – mais c’est très rare à moins que vous soyez un chat noir (comme commence à penser l’être l’auteure de cet article). Si cela vous arrive quand même (je vous conseillerai un bon chaman), un agent du health center vous contactera directement afin que vous lui confirmiez l’absence de symptômes et de températures, et ce, à peu près par tous les moyens du bord (téléphone, kakaotalk,whatsapp,…), donc vous trouverez une solution.

Sur le plan de l’alimentation, au-delà des biens exportés dans votre valise qui auront su passer la douane, vous avez également l’option de commander vos courses en ligne.

C’est même assez recommandé si vous voulez garder un rythme alimentaire à peu près sain. GMarket et Emart sont deux sites, et applications, idéaux pour cela. Ils ont une version anglaise qui permettent une commande en ligne et acceptent les cartes étrangères. Malheureusement, ils demandent tout de même un numéro coréen pour la création du compte. Un potentiel contact dans la péninsule (natif comme expatrié) sera alors une bonne option. Les numéros temporaires sans ARC (Alien Record Card, soit une carte de résident pour les étrangers) sont également acceptés, ce qui n’est pas le cas de la plupart des applications pour vous faire livrer de la nourriture.

Lorsque la quatorzaine se termine enfin, vous sentez un sentiment de liberté intense qui est parfaitement normal.

N’oubliez cependant pas les mesures de sécurité : le masque est obligatoire et/ou très fortement recommandé dans l’espace public. La solution hydroalcoolique qui vous a été donnée durant votre isolement pourrait aussi vous être utile même si, comme en France, vous en trouvez à peu près à tous les coins de rue (entrée des magasins, au niveau des passages piétons,…).

Il ne me reste à présent plus qu’à vous souhaiter bonne chance et bon voyage !
Les circonstances actuelles font qu’il sera sans aucun nul doute atypique mais c’est aussi ce qui en fera une expérience inoubliable.

 

CREDITS PHOTOS : The Korea Herald (Image mise en avant) & Anaëlle P.

Anaëlle P.