Rencontre avec Kim Ki Duk, cinéaste sud-coréen de renommée mondiale

A l’occasion de la promotion de son dernier film Entre deux rives qui sortira le 5 juillet 2017 dans les salles françaises, nous avons eu l’opportunité d’interroger le réalisateur Kim Ki Duk qui était de passage à Paris, et de revenir sur son parcours atypique. La rencontre a lieu dans un café avec un homme simple : il nous dit avoir découvert le cinéma tard et depuis, ne plus pouvoir s’en détacher.

Bonjour Corée : J’ai pu comprendre que vous étiez venu en France il y a fort longtemps et que c’est ici que vous avez pu visionner votre premier film. Quel est votre lien avec notre pays ?

Kim Ki Duk : Je suis parti en Europe dans les années 90. Je suis venu en France et tout d’abord à Paris. J’avais un ami peintre qui habitait à Montpellier et qui tenait une galerie et donc je l’ai rejoint. C’est là-bas que j’ai commencé à peindre des portraits et c’est aussi là-bas que j’ai vu mes premiers films notamment Le Silence des Agneaux de Jonathan Demme et Les Amants du Pont-Neuf de Leos Carax.

Bonjour Corée : Avant de commencer le cinéma quelle était votre activité artistique ? Continuez-vous de dessiner et de peindre ?

Kim Ki Duk : Je n’ai pas suivi de formation artistique de façon académique, je suis autodidacte. Je n’ai jamais trouvé génial de faire des films ou de peindre. Je ne peins plus désormais. Ce qui est bizarre, c’est que plus ça va et moins je trouve ça impressionnant. Même faire des films, cela m’intéresse moins qu’avant, c’est devenu en tout cas quelque chose de plus machinal. Ce qui m’importe aujourd’hui, c’est d’utiliser le temps qu’il me reste à vivre et je souhaite trouver peut-être un nouveau centre d’intérêt. La chose qui est étonnante, c’est qu’après avoir réalisé un film je ne m’y intéresse plus vraiment par la suite. J’ai d’ailleurs l’habitude de jeter tous les documents qui concernent le film car quand il sort en salle, je suis déjà depuis longtemps sur un autre projet dans ma tête.

Bonjour Corée :  Où trouvez-vous votre inspiration ?

Kim Ki Duk : En général, je suis inspiré par plusieurs choses bien différentes. Par exemple, je suis parfois inspiré par l’actualité mais aussi par mes intérêts personnels, par des réalités de ma vie. Pour mon dernier film Entre deux rives, c’est la peur, c’est l’angoisse de la guerre dans la péninsule coréenne qui m’a poussé à faire ce film.

Bonjour Corée : Dans vos films, il y a un sujet assez récurrent qui revient : celui de la violence entre les hommes et particulièrement sur les femmes. Cette violence présente dans vos films reflète-t-elle la société coréenne ?

Kim Ki Duk : En effet, la société coréenne est une société très patriarcale et on a pu voir de la violence dans l’ancienne génération, comme la génération de mes parents par exemple. Mais moi aussi j’ai été victime de cette violence en grandissant, à l’école, lors de mon service militaire ou même avec la police. C’est un problème dans la société coréenne qui n’est pas uniquement lié aux femmes. Cette violence est aussi présente entre les hommes et elle règne partout en Corée. Je pense qu’elle a été accentuée après la guerre de Corée car la violence a en quelque sorte parfois remplacé la parole.

Bonjour Corée : On peut remarquer que quelques réalisateurs coréens se mettent à faire des films avec des acteurs étrangers notamment des acteurs hollywoodiens. Je pense à Okja et Le Transperceneige de Bong Joon Ho ou encore Stoker de Park Chan Wook. Envisageriez-vous de faire des films avec des acteurs français ou américains ?

Kim Ki Duk : J’ai déjà reçu des propositions de divers acteurs que j’ai pu rencontrer dans des festivals et qui voulaient tourner avec moi. Mais je n’ai pas envie de faire un film avec des non-Coréens sans raison ; si je devais faire un film avec des acteurs français ou américains, il faudrait qu’il y ait une raison. Cela dépendra de l’histoire qu’il y a à raconter. Pour l’instant, dans les films que j’ai pu faire, je n’avais pas besoin d’acteurs étrangers. Mais si un jour j’ai l’occasion d’en réaliser un avec une histoire qui implique des non-Coréens, je ne dis pas non.

Bonjour Corée : Quel est le moment le plus difficile selon vous lors de la réalisation d’un film ?

Kim Ki Duk : Lorsque je réalise un film, c’est en fait compliqué du début à la fin. Mais selon moi, c’est tout de même le scénario qui reste l’étape la plus complexe et c’est surtout la plus stressante. Mais malgré cela, la phase d’écriture reste la plus amusante et la plus sympathique. Lors du tournage du film, c’est parfois aussi compliqué surtout lorsque je dois renoncer à certaines choses à cause de circonstances extérieures. En fait, je trouve ça tellement difficile que je me demande à chaque fois si je ne devrais pas arrêter de réaliser des films ; et pourtant à chaque fois, je rencontre un sujet qui m’intéresse et je suis prêt à surmonter ces difficultés pour pouvoir le traiter.

Bonjour Corée : Quel est votre meilleur souvenir de tournage ? Peut-être une anecdote à nous raconter… ?

Kim Ki Duk : Quand je tourne en général, c’est d’abord un gros travail pour moi et je suis toujours obligé de me dépêcher. Je travaille dans l’urgence et je n’ai donc pas vraiment de souvenirs ou d’anecdotes à vous raconter. Un tournage pour moi c’est mécanique, machinal plus que romantique comme on pourrait le penser. C’est avant tout une lutte contre le temps pour ne pas perdre de l’argent. Je n’ai pas vraiment de marge en terme d’émotion dans les moments de tournage.

Merci à ASC Distribution pour nous avoir donné la chance de rencontrer le réalisateur pendant sa visite à Paris.

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